Rekindled light

Blessed, is the insatiable mind.

Anti-Utilitarisme : L’argument Santé

Beaucoup de gens pensent, sans doute parce que c’est comme ça que c’est enseigné, que l’utilitarisme et le déontologisme, sont des familles d’éthiques normativement différentes. Par là, je veux dire que ce sont des familles de réponses différentes à la question «comment devrions nous vivre?».

Cela est inexact. Les commandements normatifs – les «Tu dois faire ceci ou cela» de ces deux famille d’éthiques sont les mêmes – «Agis honnêtement», «Respecte autrui», «Partage», «Sois impartial.e dans ta prise de décision», «Prend soin des gens qui ont besoin de toi», «Porte-toi au secours des gens vulnérables, dans la misère ou mals pris».
Certains vont dire que ces deux éthiques ont divers degrés d’exigence, que l’utilitarisme demande d’être parfait alors que le déontologisme demande simplement de faire de son mieux. Encore là, c’est une opinion fausse, quoique compréhensible (et pédagogiquement utile), parce que ce sont en vérité deux façons de parler essentiellement de la même chose, mais avec un intérêt différent : selon le sens commun, la personne qui fait son mieux possible en toutes circonstances est un agent moral parfait – c’est seulement, en effet, la personne qui pourrait agir mieux qu’elle ne le fait qui commet une faute.

Là ou se trouve réellement la divergence, c’est dans la méta-éthique. C’est dans leur réponse à la question «quelle sorte de chose est le bien» que les deux éthiques divergent. Pour les utilitaristes, le bien est ce qui est utile – ce qui sers à une fin. Les utilitaristes croient que le bien suprême – la fin de toutes les fins, est le bonheur. Donc, le bien, c’est ce qui est utile au bonheur. C’est une réponse crédible, parce que si, à la question «comment devrions nous vivre», on répond «en créant le plus de bonheur possible», on arrive à un ensemble de commandements normatifs qui mènent à la vie bonne.
Les déontologistes ont une autre réponse à la question «quelle sorte de chose est le bien». Pour les déontologistes, le bien est «ce qui se choisi par la volonté de faire le bien». C’est une différence importante, parce que, pour les utilitariste, le bien est une propriété des choses, et, pour les déontologistes, le bien est une propriété des décisions volontaires. On remarquera que les décisions volontaires sont une sorte de chose, et que les utilitaristes, à travers la littérature, ont tenté de faire du déontologisme une doctrine qui s’explique en termes utilitaristes. Mais les déontologistes ont tenté de faire pareil, en affirmant que choisir d’agir en créant le plus de bonheur possible, c’est une décision volontaire bonne. Comprendre cette dynamique, c’est comprendre avec clarté à quel point se sont des doctrines qui se ressemblent du point de vue normatif.

L’argument de la santé. La santé est incontestablement quelque chose d’utile. Et les utilitariste vont dire, de la santé, qu’elle est bonne. Qu’elle est même bonne d’elle-même – que la santé est utile d’elle-même. Mais on voudrait dire – aussi – que toute bonne personne n’est pas nécessairement en santé – que certaines personnes vivent des vies tout à fait bonnes en étant malades. Et l’adéquation entre utilité et bonté est un problème pour les utilitaristes, parce que la santé est un domaine de réflexions éthiques beaucoup plus profond que de simplement dire «la santé est bonne, maximisons la santé». Du point de vue d’une personne malade, «comment dois-je vivre» ne se résume pas à «En guérissant», ni à «Identiquement à une personne en santé, sauf qu’il faut en plus que je guérisse». Et l’utilitarisme, de son acharnement à dire que «”la santé est bonne” ou “la santé est utile”, ça veut dire au fond la même chose» a beaucoup de problèmes à être pertinent en tant qu’éthique normative pour les personnes malades. Le déontologisme n’a pas ce problème – car il peut reconnaître l’utilité en soi de la santé sans en faire une obligation absolue pour les personnes malades. Le déontologisme, grâce à sa méta-éthique de la décision volontaire est capable d’expliquer en quoi la maladie peut être mal commode sans être un défaut personnel de la personne malade, et même si l’on parle d’une maladie associée à des habitudes de vies comme le tabagisme ou la consommation d’alcool – et, c’est le dernier clou que j’assènerai dans son cercueil – l’utilitarisme n’est absolument pas capable de faire cela.

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A Brief and Succint Argument for the unicity of Morality and Good and Evil

0 – Moral proposition refer to something real.
1- A complete account of every feature of everything, S, is possible, and will include every truth-making feature of every moral proposition.
2- Necessarily only one complete account of every feature of everything is true.
3- The objective truth of every moral proposition supervenes on the content of S.
4- Every moral proposition has exactly one true truth value.
5- Morality is the same for everyone, and is given by S.

CQFD

Tout ce qui va mal dans la conversation sur la pédophilie

Tout ce qui va mal dans la conversation sur la pédophilie (considérez ce titre comme un avertissement de contenu. Je vais aussi me lancer dans des mises en situations complexes qui sortent du récit hégémonique contre la pédophilie, ex. parler de lien affectif dans un contexte de chantage émotif).

TL:DR Comment le discours sur la pédophilie sensé protéger les enfants est en fait contreproductif et la cause active de tort pour les enfants en causant plus d’agressions qui pourraient être évitées.

Définitions : Par pédophilie, on désigne des personnes relativement plus âgée qui ressent une attirance sexuelle pour des personnes relativement moins âgées, en particulier des personnes sexuellement non mature. À la rigueur, on distinguerait la pédophilie de l’Éphébophilie, cette dernière décrivant l’attirance envers les personnes dont le corps présentent les apparences superficielles de la maturité sexuelle (adolescents). Toutefois, nous ne ferons pas de distinction rigoureuse entre les stades de l’enfance, l’adolescence ni même le début de l’âge adulte immature, préférant considérer toutes ces catégories d’âges comme des catégories opprimées dans le système d’oppression de l’âgisme, que nous allons appeler «enfance». Il s’agit d’une simplification.

Sur la violence sexuelle dont sont victimes les enfants :

1- Omission de l’enfance comme catégorie d’oppression.
2- Silenciation de la voix des personnes concernées.
3- Lorsque l’on écoute les voix des personnes concernées, on privilégie les voix plus matures, ou qui s’expriment comme des personnes plus vieilles.

On écoute rarement les enfants qui désirent éviter les contacts physiques avec des adultes – en particulier ceux de leur famille, et les enfants les plus jeunes n’ont parfois pas d’autres façon d’exprimer leur désir que de simplement dire qu’ils ne désirent pas être avec tel adulte, qui pourrait être ou non leur agresseur. Cette expression de préférence est souvent perçue comme un caprice et son importance minimisée.

Les enfants ont toutes sortes de façons d’exprimer leurs préférences et méritent d’être écoutés et pris au sérieux.

4- Omission des oppressions croisées
5- Prévalence d’un discours unique au détriment de diversité des expériences humaines
6- Promotion du prisonisme sans égards pour les besoins et préférences des enfants victimisés.

Certaines personnes veulent que leur agresseur aillent en prison. C’est un sentiment valide. D’autres personnes, non. C’est aussi valide. Le système judiciaire n’offre pas la possibilité aux victimes de demander de l’aide et de recevoir des service sans passer par une dénonciation dans le but de porter des accusations criminelles, ou alors sont activement encouragées à le faire. Une justice réparatrice digne de ce nom prévoirait des moyens de répondre à une diversité de besoin et de préférences pour les personnes victimisées par la violence sexuelle, et pas toujours rien qu’un simple accompagnement à la dénonciation policière. Dans le cas des personnes victimisées enfants, il est crucial d’être capable de s’adapter aux besoins et aux préférences de l’enfant éventuellement de maintenir un lien d’attachement avec un agresseur empêché de nuire (ou non). C’est important de tenir compte du fait que certains agresseurs vont faire toutes sortes de chantages émotifs pour silencier leurs victimes et que leur éventuel manque de contrôle sur les étapes du processus judiciaire rend les victimes plus vulnérables, certaines préférant continuer à subir des abus pour continuer à pouvoir maintenir un lien affectif avec leur agresseur. On ne devrait pas avoir un système de justice qui force au moins un enfant à se laisser agresser pour pouvoir continuer à avoir un lien affectif avec son parent. Les relations d’aides aux victimes sont infiniment complexes et on doit toujours s’attendre à la possibilité que survienne une situation non prévue qui demande une solution créative. On ne peut pas compter à 100% sur la prison comme une solution à tout les problème où il suffirait simplement «d’attraper le plus de méchants possibles pour régler le problème». À commencer que le fait d’emprisonner un agresseur n’est pas toujours suffisant pour venir en aide à la personne victimisée qui aura souvent d’autres besoins.

7- Prévalence d’un discours sur l’incapacité de consentir des enfants au détriment d’une valorisation de leur expression de refus.

J’insiste sur l’importance de valoriser la voix des enfants. La raison pour laquelle le viol d’un enfant est un crime grave est parce qu’il s’agit bien d’un viol et non parce qu’il s’agirait prétendument d’un acte sexuel consenti avec un enfant légalement incompétent de le faire.

Sur les enfants sexuellement actifs :

La moitié des gens ont leur première relation sexuelle avec pénétration en tant qu’enfants (15-16 ans). J’attire l’attention sur le fait qu’on parle de relation avec pénétration et qu’on ne parle pas ici de toutes les autres expériences d’intimités sexuelles qui sont aussi des relations sexuelles authentiques et valides sans besoin qu’il y ait pénétration, et qui présumément peuvent se produire plus jeunes.

1- Insistance sur le critère d’un âge arbitraire de consentement indépendamment de la diversité des besoins et expériences humaines.

Dans plusieurs juridictions, il est considéré comme un délit pénal (misdemeanour) pour les enfants de moins 16 ou moins de 18 ans d’avoir des relations sexuelles ensembles même s’ils ont le même âge. On rappelle que c’est le cas pour la moitié des gens d’avoir des relations sexuelles autour de l’âge où c’est encore criminalisé.

2- Difficulté d’accès à des ressources

En particulier, l’éducation à la sexualité est complètement inadéquate (hétéronormativité, programmes d’abstinence seulement, inadéquation avec les faits) et trop tardive.

3- Méconnaissance des besoins
4- Omission de l’enfance comme catégorie d’oppression.

Lorsqu’on en parle, tout discours sur la sexualité des enfants et leur accès à des ressources pour un développement (a)sexuel sain devient un discours politisé dominé par des adultes sans égards aux voix des enfants qui ont certainement une opinion en la matière. Crucialement, les enfants sont systématiquement incapable d’avoir accès à des ressources qui correspondent à leurs besoins individuels.

5- Omission des oppressions croisées.
6- Inégalité d’accès à de l’éducation sexuelle, en particulier pour les enfants MOGAI

En particulier, l’éducation à la sexualité généralement disponible pourrait être qualifiée de phallocrate, centrée sur les pénis dans une optique de pénétration vaginale et de fécondation.

7- Pour les enfants sexuellement précoces, insistance d’une recherche d’une cause traumatique indépendamment des besoins et préférences courantes de l’enfant en question.
8- Criminalisation de la sexualité entre personnes mineures.
9- Survulnérabilisation des enfants sexuellements précoces en leur ôtant la possibilité de chercher des conseils sur leur vie affective ou sexuelles avec des personnes plus âgées sans risquer de dénoncer leur partenaire.

Je vois ici deux types de cas importants – le premier est celui de du premier enfant pubère de sa cohorte qui pourrait rechercher des partenaires de la cohorte plus âgée que la sienne dans son exploration de son éveil à la sexualité. La puberté et l’éveil sexuel n’apparaissent pas au même âge chez tous les enfants (parfois même, pas au même âge chez le même enfant), et même si 99% (chiffre sorti de mes fesses) des enfants ne seraient pas actifs dès leur éveil sexuel, il n’en reste pas moins que le 1% restant a des besoins qui sont légitimes et authentiques. La rareté des besoins ne les délégitimisme pas.

Le second type dee cas de la personne sexuellement mature et en âge de consentir (16-17-18-19 ans) qui se trouve à appartenir encore à l’enfance en tant que classe d’oppression (i.e. techniquement majeure (ou pas), mais toujours trop jeune pour détenir du capital, des compétences monétizables ou du pouvoir politique) et qui sera en relation sexuelle avec une personne beaucoup plus âgée. Quand c’est une relation consentie, ces personnes pourraient certainement avoir besoin de conseils et de soutient sans risquer la stigmatisation sociale. Quand c’est une relation violente, il faut reconnaître son aspect pédophile même si la personne a l’âge légal de consentement à cause de son appartenance à l’enfance comme catégorie d’oppression.

10 – Silenciation de la voix des personnes concernées.
11- Prévalence d’un discours sur l’incapacité de consentir des enfants au détriment d’une valorisation de leur expression de refus.

Je me répète parce que le discours âgiste qui fait de l’enfance une catégorie d’oppression affecte tous les enfants, mais de différentes façon, et, pour le combattre, il faut une approche capable de tenir compte d’une multitude de besoins

Sur les personnes pédophile non violentes:

Par pédophile non violent, j’entends une personne qui ressent une attirance pour des enfants, mais qui ne commet pas de violence avec des enfants – et cherche activement à éviter d’être en position d’agresser des enfants.

1- Présomption de pédocriminalité
2- Ostracisation

En particulier, des discours qui singularise les pédophiles et en fait des monstres plutôt que des personnes diverses, complètent et complexes et qui existent pour vrai. 

3- Déni d’accès à des soins et services, en particulier, déni d’accès à des services et punition pour la personne pédophile qui demande de l’aide pour éviter de commettre des gestes violents.
4- Occasions manquées d’alliances avec les communautés sexuellement marginalisées
5- Méconnaissance des besoins

À cause de la stigmatisation sociale, on peut supposer que les pédophiles cachent leurs préférences au monde, et on ignore leur nombre et ce qu’illes ont besoin de pour mener des vies saines et respectueuses dans le rejet de la violence.

6- Silenciation des personnes concernées.
7- Omission des oppressions croisées.
8- Criminalisation et présomption de culpabilité.

Aussi, en général, c’est super important de reconnaître que les personnes pédophiles ont des liens d’amitiés civiques fort avec leur communauté, et que ces liens d’amitiés civiques forts sont la principale protection sociale contre les crimes violents – ils donnent quelque chose à perdre à la personne pédophile en cas de gestes violents. À l’inverse, la personne pédophile ostracisée n’a plus rien à perdre, n’a plus de raisons de ne pas devenir violente, et il faut alors compter sur sa bienveillante nature, ce qui n’a rien d’une perspective réjouissante.

Sur les personnes pédophiles autrefois violentes :

Par pédophile autrefois violente, j’entends la personne qui, à la suite d’une dénonciation et d’une incarcération ou non, a cesser d’être violente avec les autres, et qui soit pratique l’abstinence, soit à dorénavent une vie sexuelle active avec des adultes et qui se comporte désormais comme la personne non violente, mais avec un casier judiciaire.

1- Présomption de récidivisme.
2- Ostracisation
3- Incapacité de refaire partie du tissu social après incarcération.
4- Déni d’accès à des soins et services, en particulier, déni d’accès à des services et punition pour la personne pédophile qui demande de l’aide pour éviter de commettre des gestes violents.
5- Méconnaissance des besoins
6- Omission des oppressions croisées.
7- Prisonnisme
8- Violence rétributive
9- Peu, voir aucune, considération pour les besoins et préférences des personnes victimisées.
10- Occasions manquées d’alliances avec les communautés sexuellement marginalisées

Sur les personnes pédophiles actuellement violentes :

1- Aucune façon efficace de venir en aide aux personnes victimisées.
2- Aucune considération pour les besoins et préférences des personnes victimisées en particulier lorsque celles-ci divergent de l’agenda politique
3- Ostracisation
4- Justification pour la surveillance étatique et le profilage et la criminalisation de la dissidence politique.
5- Ommission des oppressions croisées
6- Déni d’accès à des soins et services, en particulier, déni d’accès à des services et punition pour la personne pédophile qui demande de l’aide pour éviter de commettre des gestes violents.
7- Prisonnisme
8- Violence rétributive
9- Silenciation des personnes concernées.
10- Méconnaissance des besoins.

Considérations générales :

1- Les personnes pédophiles sont des boucs émissaires pratiques pour punir des actes individualisés de violence sexuelle sans remettre en question la culture du viol.
2- Les personnes pédophiles sont des boucs émissaires pratiquent qui permettent de commettre des gestes de violence sexuelle ordinaires contre des enfants en se disant «mais au moins, moi, je ne suis pas un vrai pédophile».
3- Je n’ai pas fait de distinction claire entre l’enfance et l’adolescence parce que je pense que ces distinctions ne rendent pas compte de la diversité des expériences et des besoins et je voulais faire ressortir la jeunesse pré-adulte comme catégorie d’oppression.
4- La violence sexuelle est une question de violence, et, en général, la question de savoir si l’agresseur.e est attiré.e sexuellement par sa victime est complètement hors sujet.
5- Presque toutes les personnes sexuelles qui ressentent de l’attirance ressentent de l’attirance pour des personnes qui ne consentirons jamais à avoir des contacts sexuels avec elles et nous sommes toutes capables de respecter l’autonomie d’autrui. Ce fait n’est ni un fait essentiel ni exclusif aux personnes pédophiles.

Si on était capable de tenir compte de tout ça, peut-être qu’on serait finalement capable d’avoir une discussion nuancée et productive sur la pédophilie.

Sur le rejet de l’essentialisme et les alternatives à considérer

Alors, vous avez peut-être rencontrés des gens qui dénonçaient le gender essentialism des propos d’une tierce personne – l’idée selon laquelle certaines de nos propriétés, comme notre genre, sont des propriétés objectives, donc indépendantes de nous que nous pouvons exemplifier à divers degrés de perfection.

(Note : Il s’agit d’un usage du mot essentialisme différent (mais non sans rapport) de celui qu’on utilise dans les débats sur la question de l’essentialisme vs l’existentialisme.)

L’essentialisme a pour implication qu’il est légitime de mégenrer une personne qui n’incarne pas suffisamment parfaitement son genre, et est pour cette raison considéré faux à cause de cette implication innacceptable.

Il y a deux grandes versions de l’essentialisme, l’essentialisme idéal et l’essentialisme particulier. L’essentialisme idéal affirme que les propriétés existent indépendamment de la matière, laquelle «exemplifie» ou «participe» à la propriété. L’essentialisme idéal ne prétend pas nécessairement que le genre est ici une constante de la nature (quoique qu’il arrive qu’on croise ce genre de propos) mais il affirme néanmoins que la validité du genre d’une personne dépend de sa correspondance à des canons de genres. Selon cette conception, la phrase «Fait un homme de toi et endure» est à comprendre au premier degré – la personne qui dans ce cas-ci, contreviendrait au canon de virilité d’être tough, serait littéralement moins un homme par le fait même.

L’essentialisme particulier affirme que les propriétés sont localisées dans la matière. Que mon genre existe en moi – dans mes façons de l’exprimer, ou dans mon cerveau, dans ma façon de le comprendre. L’essentialisme particulier a la même implication innacceptable que l’essentialisme idéal – même si le genre est plus difficile à trouver, des neuroscientifiques, si une version naturaliste de cette forme d’essentialisme était vraie, pourraient néanmoins observer mon cerveau et en conclure, indépendamment de ce que je dis, de mon genre. Cela implique que les transmédicalistes ont raison, sinon sur le fond, au moins sur la forme – qu’une médecine éthique serait compétente pour décider du genre des gens. Cette forme d’essentialisme a le même potentiel invalidant que l’autre, acceptant au sens littéral de telles expressions que «Des pensées de filles» qui nous font littéralement devenir des filles si on les pense, «Des manières de filles» qui nous font devenir des filles si on les manifeste, «Des affaires de gars» qui nous font devenir des gars quand on s’en occupe. Quand cette forme d’essentialisme est vraie, ce n’est pas moi qui aie le contrôle sur mon genre en dictant lesquels de mes agissements, pensées et sentiments s’y rapportent. C’est mes agissements, mes pensées et mes sentiments qui ont le contrôle sur mon genre, et la seule façon de contrôler mon genre est de contrôler mes agissements, pensées et sentiments pour me conformer au genre que je veux avoir. C’est full normatif, full invalidant.

Le contrepoid à l’essentialisme, c’est que, si les propriétés ne sont pas des essences, alors elles sont des noms. Les nominalismes ne s’opposent pas nécessairement au réalisme des propriétés, mais à leur commune-té. Le nominalisme permet, au contraire de l’essentialisme, que deux femmes dont les féminités sont très différentes soient néanmoins féminines les deux. Mais ça ne veut pas dire que les nominalismes sont pour autant meilleurs que l’essentialisme. On en distingue 4 sortes :

Le Nominalisme Austère : est l’idée que les propriétés n’existent pas. Elles sont des comparaisons utiles à la vie de tous les jours, mais elles n’ont pas d’implications ontologiques sur autre chose que la chose décrite. Par exemple, si Michel et moi aimons les pokémons et que le nominalisme austère est vrai, alors il est vrai que Michel aime les pokémons, que moi j’aime les pokémons et c’est tout. Il n’est pas nécessairement vrai, par exemple, que les pokémons existent. Que moi ou Michel existons ou que nous avons quelque chose en commun. Le nominalisme austère a l’implication que les personnes d’un même genre ne sont «pas vraiment» du même genre. Ça nous fais exister tous dans des petites bulles de vides existentiels autour de nous et c’est difficile de voir comment des oppressions systématiques peuvent exister avec une ontologie aussi parcimonieuse. Or, puisque les oppressions systématiques existent manifestement, ça doit vouloir dire que le nominalisme austère est faux.

Le Nominalisme des Ensemble : est l’idée, intellectuellement réconfortante, que les propriétés désigne des ensembles d’objets. La jauneté est l’ensemble des objets jaunes. Être une femme, c’est appartenir à l’ensemble des femmes. Le problème vient lorsqu’on considère les ensembles co-extensifs, qui rassemblent les mêmes objets. On connaît comment fonctionnent les ensembles – c’est pour ça que le nominalisme des ensemble est intellectuellement réconfortant – les ensembles sont exactement définis par leur extension, par ce qu’il y a dedans. L’exemple problématique paradigmatique est la propriété d’avoir un coeur vs la propriété d’avoir un rein. Puisque l’ensemble des objets ayant un coeur est coextensif avec l’ensemble des objets ayant un rein, alors ces ensembles sont identiques le nominalisme des ensembles implique que ces propriétés sont identiques. C’est un problème, surtout si vous subissez une chirurgie à coeur ouvert – vous ne voulez certainement pas que votre chirurgien.ne confonde la propriété d’avoir un coeur avec la propriété d’avoir un rein(!).
Par rapport au genre, le nominalisme des ensemble a aussi des problème, si on pense aux personnes agenres – on se rappelle, pour la théorie des ensembles, un ensemble est défini par son contenu, du coup, les ensemble vides sont identiques. Ça voudrait dire que les personnes agenres étant «vides de genres» seraient toutes agenres de la même façon et pour les mêmes raisons. Ce qui est absurde. Donc le nominalisme des ensembles doit être faux parce qu’il ne permet pas de même penser la diversité des expériences agenres.

Les deux formes de nominalismes précédentes sont aussi pire, selon moi, que l’essentialisme. Il reste les nominalismes schématiques.

Le nominalisme schématique implique qu’il existe un principe explicatif aux propriétés, les schémas, qui sont donneurs et receveurs de sens. Pensez aux tropes avec lesquels on raconte les histoires : des bon.nes, des méchant.es, des conflits, des intrigues. Les histoires ont des structures que les auteur.es adaptent pour leurs propres besoins, mais sans les détruire, et notre familiarité avec la structure garanti que nous sommes capable de comprendre les histoire malgré leur originalité. Le nominalisme schématique timide s’arrête là. Et c’est dommage parce qu’on voudrait avoir plus de soutient, par exemple, que les schémas et les structures de genre soient capable de supporter des forces causales, de supporter ontologiquement des choses indépendante du genre lui-même (comme, les oppressions). Le nominalisme schématique timide a donc pour force que le genre peut être bien compris, mais comme faiblesse que le genre ne change rien. C’est, pour moi, un problème fatal, mais on peut quand même adhérer au nominalisme schématique en pensant l’oppression des genres de façon indépendante du genre lui-même. Je ne trouve pas ça philosophiquement élégant. Question de goûts – le nominalisme schématique timide a l’avantage bien réel de pouvoir plus facilement envisager une société sans oppressions de genres, mais avec du genre dedans quand même.

Le nominalisme schématique ambitieux fait un pas ontologique de plus. Affirme que les structures de propriétés comme les genres sont assez réelles et assez solides pour changer des choses dans le monde. La difficulté, c’est que le genre apparaît comme «tellement réel» qu’on dirait quasiment de l’essentialisme. Quasiment ne veut pas dire vraiment, et ce qui distingue le nominalisme schématique et l’empêche de devenir essentialiste, c’est la reconnaissance que les propriétés comme le genre sont des choses vivantes et respirantes, qui changent constamment à chaque fois qu’on les refait, comme les histoires.

Je suis tough de chez tough

Témoignage de Alexis Bigoudi après qu’un article paru dans la presse aie engendré une véritable campagne de harcèlement sur ses espaces privés enligne.

Mon ami.e, dans ton moment de besoin, la seule chose que je puis faire pour toi, c’est être là. Je suis là

Je suis là
Je suis là.

Si les animaux pouvaient parler

CW : Description explicite d’un meurtre. Révolution violente. Guerre. Présence de mots ayant un sens associé aux troubles alimentaires.

Ça a commencé quand on s’est demandé ce qui se passerait si les animaux pouvaient parler. On s’est demandé : serait-illes satisfait.es de nos efforts, les animaux? Seraient-illes satisfait.es de nos progrès, du mouvement que nous faisons en leur nom, pour leur droits.

Non. Illes ne seraient pas satisfait.es, les animaux. Jamais les animaux n’accepteraient que le mouvement vise le changement durable à long terme. Protéger leurs générations futures, c’est bien beau, mais que fait-on des centaines de milliards d’animaux bien vivants aujourd’hui, qui sont condamnés à une mort certaine si rien n’est fait d’ici la fin de l’année?

Les animaux, illes ne seraient pas satisfait.es, de notre mouvement.
Alors on a décidé de changer notre mouvement, d’en faire un mouvement qui aurait l’approbation des animaux. Qui permettrait de sauver les animaux qui sont en vie aujourd’hui. Un mouvement de la vie pour tous. Que personne ne serait abandonné.

Nous étions rempli.es de naïveté et de bonne volonté. Paraît que c’est comme ça qu’arrive l’enfer.

On avait pas besoin d’être très nombreux, au début. Suffisait juste d’être bien plaçé.es. On a identifié un million de postes clés dans différents niveaux de gouvernements dans différentes organisations à travers le monde.

1 million de végan.es, c’était pas difficile à trouver.

Le coup d’État s’est bien passé, leur chaîne de commande et leurs communications subverties, ni l’armée ni la police ne purent nous empêcher de prendre le pouvoir. Et par la suite, le trésor national nous permis d’acheter des mercenaires. Chaque jour qui passait, les loyalistes voyait le statut quo s’effriter alors que notre idéologie se cristallisait. Les ministres et les héritiers de l’ancien régime se faisaient assassiner les uns après les autres jusqu’à ce, qu’au final, il n’y ai plus personne ni plus rien à défendre. Nous avions pris le pouvoir.

Pendant ce temps, nous avions la contre-propagande. Des messages anti-carnistes étaient diffusés sur toutes les chaînes, incitant la population à la colère contre les institutions et les corporations qui leur avaient menti. Il y eu quelques incidents regrettables où des civils s’en prirent les uns aux autres, et nous réussîmes à réconcilier les parties en présence. Nous avions démontrer la justice et la magnanimité de notre idéologie. Nous avions la loyauté de la population.

Et ensuite, il y eu les purges.

Libérer les animaux se révéla un cauchemar logistique. Il était impensable de forcer les animaux à vivre dans les lieux même où illes avaient été torturés. Il était impensable de déforester la nature pour leur créer des sanctuaires. La seule solution était de déporter les humains pour que les autres animaux puissent vivre sur leurs terrains. Par la force, 5 milliards d’humains furent dépossédés. Presque tous résistèrent. Nous faillîme perdre le pouvoir devant la force de la résistance.

Alors nous n’avions pas le choix – les animaux ne pouvaient pas attendre. Nous ne pouvions pas perdre le pouvoir. Alors nous avons envoyé les drônes. Des centaines de milliers de drones massacrèrent de façon indiscriminée toute personne présente sur un territoire désigné pour l’évacuation. Les maisons furent incendiées, les gens furent criblés de balles, et l’eau potable fut contaminée par le cholérat. Deux milliards de vies humaines furent perdues en l’espace de quelques jour.

Et puis il y eu la terreur.

Les premiers cochons furent assassinés quelques mois après leur arrivée dans les sanctuaires. Égorgés et vidés de leur sang. Décapités, Mutilés. «Bacon» était tatoué sur leurs corps, et des morceaux de leur chair avaient été emportés. Trouver les coupables n’était que d’une importance secondaire – il fallait que l’horreur cesse. Alors nous avons accusé quelques personnes au hasard de déloyauté, et nous les avons pendus pour le crime rétroactif d’avoir un jour consommé de la viande dans leur vie.

Nous ne réussîmes pas à rétablir le calme. Nous ne nous maintenons au pouvoir que par la légitimité de notre cause et la force de nos bras. Nous ne pensons pas voir revenir la paix un jour de nos vivants. C’est pourquoi nous implorons nos héritièr.es de poursuivre notre œuvre, de véganiser le monde par la force, jusqu’à ce qu’un retour en arrière devienne effectivement impossible. Ce n’est pas encore le cas, il y a trop d’animaux à protéger.

Il faut poursuivre la guerre. Il faut gagner. Toutes les atrocités contre les humains sont permises. La victoire finale à tout prix.

Après tout, on pourrait bien exterminer l’humanité, ce sera quand même 500 fois moins de violence que la seule année 2016 en exploitation animale.

Discours de La fierté Trans du 9 Août à Montréal

Mon point de départ, c’est que je suis tanné.e de ne pas faire partie du monde.

Comme quand on dit : «Mesdames et Messieurs» comme si ça voulait dire «tout le monde».
Comme quand on me présente un formulaire où je dois choisir entre être un homme ou une femme.

Pis là moi je dis : Qu’est-ce c’est ça?
Ben là scuze, mais j’ai le même formulaire pour tout le monde.

Comme j’ai dit : chuis écoeuré.e de pas faire partie de c’est qui ça, «tout le monde».
Écoeuré.e d’avoir besoin de demander des exceptions.

Tanné.e d’être écoeuré.e d’être tanné.e d’avoir à argumenter pour mon droit d’exister.

Parce que, en fin de compte, c’est une grosse perte de temps.
– Mais là je parle pour moi, là –

Au pire si j’ai pas le bon nom sur mes pièces d’identités.
Au pire si je me fais mégenrer tous les jours.

Mais j’aimerais ça en hostie avoir la même espérance de vie que ces Canadiens qui vivent dans «le plus meilleur pays au monde».
J’aimerais ça en hostie avoir la même chance que les autres de décrocher un emploi.
J’aimerais ça avoir la chance de pouvoir prendre des risques pis me partir en business ou me lancer en politique sans risquer la disgrâce juste parce que ça arrive que je porte une robe.

Je veux juste vivre dans le même monde que les personnes cis.
Un monde avec des soins de santés accessibles, un monde où ce que tout le monde reconnaît que j’existe. Un monde où j’ai des chances raisonnables d’avoir une job pis de faire de l’argent.

Moi, je suis ici, pis je marche, parce que je veux faire partie du monde.

Je veux que quand les gens disent : «tout le monde». Ben je veux aussi qu’on parle de nous.

Pis me semble que c’est pas trop demander.