Tout ce qui va mal dans la conversation sur la pédophilie

by Annaelle

Tout ce qui va mal dans la conversation sur la pédophilie (considérez ce titre comme un avertissement de contenu. Je vais aussi me lancer dans des mises en situations complexes qui sortent du récit hégémonique contre la pédophilie, ex. parler de lien affectif dans un contexte de chantage émotif).

TL:DR Comment le discours sur la pédophilie sensé protéger les enfants est en fait contreproductif et la cause active de tort pour les enfants en causant plus d’agressions qui pourraient être évitées.

Définitions : Par pédophilie, on désigne des personnes relativement plus âgée qui ressent une attirance sexuelle pour des personnes relativement moins âgées, en particulier des personnes sexuellement non mature. À la rigueur, on distinguerait la pédophilie de l’Éphébophilie, cette dernière décrivant l’attirance envers les personnes dont le corps présentent les apparences superficielles de la maturité sexuelle (adolescents). Toutefois, nous ne ferons pas de distinction rigoureuse entre les stades de l’enfance, l’adolescence ni même le début de l’âge adulte immature, préférant considérer toutes ces catégories d’âges comme des catégories opprimées dans le système d’oppression de l’âgisme, que nous allons appeler «enfance». Il s’agit d’une simplification.

Sur la violence sexuelle dont sont victimes les enfants :

1- Omission de l’enfance comme catégorie d’oppression.
2- Silenciation de la voix des personnes concernées.
3- Lorsque l’on écoute les voix des personnes concernées, on privilégie les voix plus matures, ou qui s’expriment comme des personnes plus vieilles.

On écoute rarement les enfants qui désirent éviter les contacts physiques avec des adultes – en particulier ceux de leur famille, et les enfants les plus jeunes n’ont parfois pas d’autres façon d’exprimer leur désir que de simplement dire qu’ils ne désirent pas être avec tel adulte, qui pourrait être ou non leur agresseur. Cette expression de préférence est souvent perçue comme un caprice et son importance minimisée.

Les enfants ont toutes sortes de façons d’exprimer leurs préférences et méritent d’être écoutés et pris au sérieux.

4- Omission des oppressions croisées
5- Prévalence d’un discours unique au détriment de diversité des expériences humaines
6- Promotion du prisonisme sans égards pour les besoins et préférences des enfants victimisés.

Certaines personnes veulent que leur agresseur aillent en prison. C’est un sentiment valide. D’autres personnes, non. C’est aussi valide. Le système judiciaire n’offre pas la possibilité aux victimes de demander de l’aide et de recevoir des service sans passer par une dénonciation dans le but de porter des accusations criminelles, ou alors sont activement encouragées à le faire. Une justice réparatrice digne de ce nom prévoirait des moyens de répondre à une diversité de besoin et de préférences pour les personnes victimisées par la violence sexuelle, et pas toujours rien qu’un simple accompagnement à la dénonciation policière. Dans le cas des personnes victimisées enfants, il est crucial d’être capable de s’adapter aux besoins et aux préférences de l’enfant éventuellement de maintenir un lien d’attachement avec un agresseur empêché de nuire (ou non). C’est important de tenir compte du fait que certains agresseurs vont faire toutes sortes de chantages émotifs pour silencier leurs victimes et que leur éventuel manque de contrôle sur les étapes du processus judiciaire rend les victimes plus vulnérables, certaines préférant continuer à subir des abus pour continuer à pouvoir maintenir un lien affectif avec leur agresseur. On ne devrait pas avoir un système de justice qui force au moins un enfant à se laisser agresser pour pouvoir continuer à avoir un lien affectif avec son parent. Les relations d’aides aux victimes sont infiniment complexes et on doit toujours s’attendre à la possibilité que survienne une situation non prévue qui demande une solution créative. On ne peut pas compter à 100% sur la prison comme une solution à tout les problème où il suffirait simplement «d’attraper le plus de méchants possibles pour régler le problème». À commencer que le fait d’emprisonner un agresseur n’est pas toujours suffisant pour venir en aide à la personne victimisée qui aura souvent d’autres besoins.

7- Prévalence d’un discours sur l’incapacité de consentir des enfants au détriment d’une valorisation de leur expression de refus.

J’insiste sur l’importance de valoriser la voix des enfants. La raison pour laquelle le viol d’un enfant est un crime grave est parce qu’il s’agit bien d’un viol et non parce qu’il s’agirait prétendument d’un acte sexuel consenti avec un enfant légalement incompétent de le faire.

Sur les enfants sexuellement actifs :

La moitié des gens ont leur première relation sexuelle avec pénétration en tant qu’enfants (15-16 ans). J’attire l’attention sur le fait qu’on parle de relation avec pénétration et qu’on ne parle pas ici de toutes les autres expériences d’intimités sexuelles qui sont aussi des relations sexuelles authentiques et valides sans besoin qu’il y ait pénétration, et qui présumément peuvent se produire plus jeunes.

1- Insistance sur le critère d’un âge arbitraire de consentement indépendamment de la diversité des besoins et expériences humaines.

Dans plusieurs juridictions, il est considéré comme un délit pénal (misdemeanour) pour les enfants de moins 16 ou moins de 18 ans d’avoir des relations sexuelles ensembles même s’ils ont le même âge. On rappelle que c’est le cas pour la moitié des gens d’avoir des relations sexuelles autour de l’âge où c’est encore criminalisé.

2- Difficulté d’accès à des ressources

En particulier, l’éducation à la sexualité est complètement inadéquate (hétéronormativité, programmes d’abstinence seulement, inadéquation avec les faits) et trop tardive.

3- Méconnaissance des besoins
4- Omission de l’enfance comme catégorie d’oppression.

Lorsqu’on en parle, tout discours sur la sexualité des enfants et leur accès à des ressources pour un développement (a)sexuel sain devient un discours politisé dominé par des adultes sans égards aux voix des enfants qui ont certainement une opinion en la matière. Crucialement, les enfants sont systématiquement incapable d’avoir accès à des ressources qui correspondent à leurs besoins individuels.

5- Omission des oppressions croisées.
6- Inégalité d’accès à de l’éducation sexuelle, en particulier pour les enfants MOGAI

En particulier, l’éducation à la sexualité généralement disponible pourrait être qualifiée de phallocrate, centrée sur les pénis dans une optique de pénétration vaginale et de fécondation.

7- Pour les enfants sexuellement précoces, insistance d’une recherche d’une cause traumatique indépendamment des besoins et préférences courantes de l’enfant en question.
8- Criminalisation de la sexualité entre personnes mineures.
9- Survulnérabilisation des enfants sexuellements précoces en leur ôtant la possibilité de chercher des conseils sur leur vie affective ou sexuelles avec des personnes plus âgées sans risquer de dénoncer leur partenaire.

Je vois ici deux types de cas importants – le premier est celui de du premier enfant pubère de sa cohorte qui pourrait rechercher des partenaires de la cohorte plus âgée que la sienne dans son exploration de son éveil à la sexualité. La puberté et l’éveil sexuel n’apparaissent pas au même âge chez tous les enfants (parfois même, pas au même âge chez le même enfant), et même si 99% (chiffre sorti de mes fesses) des enfants ne seraient pas actifs dès leur éveil sexuel, il n’en reste pas moins que le 1% restant a des besoins qui sont légitimes et authentiques. La rareté des besoins ne les délégitimisme pas.

Le second type dee cas de la personne sexuellement mature et en âge de consentir (16-17-18-19 ans) qui se trouve à appartenir encore à l’enfance en tant que classe d’oppression (i.e. techniquement majeure (ou pas), mais toujours trop jeune pour détenir du capital, des compétences monétizables ou du pouvoir politique) et qui sera en relation sexuelle avec une personne beaucoup plus âgée. Quand c’est une relation consentie, ces personnes pourraient certainement avoir besoin de conseils et de soutient sans risquer la stigmatisation sociale. Quand c’est une relation violente, il faut reconnaître son aspect pédophile même si la personne a l’âge légal de consentement à cause de son appartenance à l’enfance comme catégorie d’oppression.

10 – Silenciation de la voix des personnes concernées.
11- Prévalence d’un discours sur l’incapacité de consentir des enfants au détriment d’une valorisation de leur expression de refus.

Je me répète parce que le discours âgiste qui fait de l’enfance une catégorie d’oppression affecte tous les enfants, mais de différentes façon, et, pour le combattre, il faut une approche capable de tenir compte d’une multitude de besoins

Sur les personnes pédophile non violentes:

Par pédophile non violent, j’entends une personne qui ressent une attirance pour des enfants, mais qui ne commet pas de violence avec des enfants – et cherche activement à éviter d’être en position d’agresser des enfants.

1- Présomption de pédocriminalité
2- Ostracisation

En particulier, des discours qui singularise les pédophiles et en fait des monstres plutôt que des personnes diverses, complètent et complexes et qui existent pour vrai. 

3- Déni d’accès à des soins et services, en particulier, déni d’accès à des services et punition pour la personne pédophile qui demande de l’aide pour éviter de commettre des gestes violents.
4- Occasions manquées d’alliances avec les communautés sexuellement marginalisées
5- Méconnaissance des besoins

À cause de la stigmatisation sociale, on peut supposer que les pédophiles cachent leurs préférences au monde, et on ignore leur nombre et ce qu’illes ont besoin de pour mener des vies saines et respectueuses dans le rejet de la violence.

6- Silenciation des personnes concernées.
7- Omission des oppressions croisées.
8- Criminalisation et présomption de culpabilité.

Aussi, en général, c’est super important de reconnaître que les personnes pédophiles ont des liens d’amitiés civiques fort avec leur communauté, et que ces liens d’amitiés civiques forts sont la principale protection sociale contre les crimes violents – ils donnent quelque chose à perdre à la personne pédophile en cas de gestes violents. À l’inverse, la personne pédophile ostracisée n’a plus rien à perdre, n’a plus de raisons de ne pas devenir violente, et il faut alors compter sur sa bienveillante nature, ce qui n’a rien d’une perspective réjouissante.

Sur les personnes pédophiles autrefois violentes :

Par pédophile autrefois violente, j’entends la personne qui, à la suite d’une dénonciation et d’une incarcération ou non, a cesser d’être violente avec les autres, et qui soit pratique l’abstinence, soit à dorénavent une vie sexuelle active avec des adultes et qui se comporte désormais comme la personne non violente, mais avec un casier judiciaire.

1- Présomption de récidivisme.
2- Ostracisation
3- Incapacité de refaire partie du tissu social après incarcération.
4- Déni d’accès à des soins et services, en particulier, déni d’accès à des services et punition pour la personne pédophile qui demande de l’aide pour éviter de commettre des gestes violents.
5- Méconnaissance des besoins
6- Omission des oppressions croisées.
7- Prisonnisme
8- Violence rétributive
9- Peu, voir aucune, considération pour les besoins et préférences des personnes victimisées.
10- Occasions manquées d’alliances avec les communautés sexuellement marginalisées

Sur les personnes pédophiles actuellement violentes :

1- Aucune façon efficace de venir en aide aux personnes victimisées.
2- Aucune considération pour les besoins et préférences des personnes victimisées en particulier lorsque celles-ci divergent de l’agenda politique
3- Ostracisation
4- Justification pour la surveillance étatique et le profilage et la criminalisation de la dissidence politique.
5- Ommission des oppressions croisées
6- Déni d’accès à des soins et services, en particulier, déni d’accès à des services et punition pour la personne pédophile qui demande de l’aide pour éviter de commettre des gestes violents.
7- Prisonnisme
8- Violence rétributive
9- Silenciation des personnes concernées.
10- Méconnaissance des besoins.

Considérations générales :

1- Les personnes pédophiles sont des boucs émissaires pratiques pour punir des actes individualisés de violence sexuelle sans remettre en question la culture du viol.
2- Les personnes pédophiles sont des boucs émissaires pratiquent qui permettent de commettre des gestes de violence sexuelle ordinaires contre des enfants en se disant «mais au moins, moi, je ne suis pas un vrai pédophile».
3- Je n’ai pas fait de distinction claire entre l’enfance et l’adolescence parce que je pense que ces distinctions ne rendent pas compte de la diversité des expériences et des besoins et je voulais faire ressortir la jeunesse pré-adulte comme catégorie d’oppression.
4- La violence sexuelle est une question de violence, et, en général, la question de savoir si l’agresseur.e est attiré.e sexuellement par sa victime est complètement hors sujet.
5- Presque toutes les personnes sexuelles qui ressentent de l’attirance ressentent de l’attirance pour des personnes qui ne consentirons jamais à avoir des contacts sexuels avec elles et nous sommes toutes capables de respecter l’autonomie d’autrui. Ce fait n’est ni un fait essentiel ni exclusif aux personnes pédophiles.

Si on était capable de tenir compte de tout ça, peut-être qu’on serait finalement capable d’avoir une discussion nuancée et productive sur la pédophilie.

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