Si les animaux pouvaient parler

by Annaelle

CW : Description explicite d’un meurtre. Révolution violente. Guerre. Présence de mots ayant un sens associé aux troubles alimentaires.

Ça a commencé quand on s’est demandé ce qui se passerait si les animaux pouvaient parler. On s’est demandé : serait-illes satisfait.es de nos efforts, les animaux? Seraient-illes satisfait.es de nos progrès, du mouvement que nous faisons en leur nom, pour leur droits.

Non. Illes ne seraient pas satisfait.es, les animaux. Jamais les animaux n’accepteraient que le mouvement vise le changement durable à long terme. Protéger leurs générations futures, c’est bien beau, mais que fait-on des centaines de milliards d’animaux bien vivants aujourd’hui, qui sont condamnés à une mort certaine si rien n’est fait d’ici la fin de l’année?

Les animaux, illes ne seraient pas satisfait.es, de notre mouvement.
Alors on a décidé de changer notre mouvement, d’en faire un mouvement qui aurait l’approbation des animaux. Qui permettrait de sauver les animaux qui sont en vie aujourd’hui. Un mouvement de la vie pour tous. Que personne ne serait abandonné.

Nous étions rempli.es de naïveté et de bonne volonté. Paraît que c’est comme ça qu’arrive l’enfer.

On avait pas besoin d’être très nombreux, au début. Suffisait juste d’être bien plaçé.es. On a identifié un million de postes clés dans différents niveaux de gouvernements dans différentes organisations à travers le monde.

1 million de végan.es, c’était pas difficile à trouver.

Le coup d’État s’est bien passé, leur chaîne de commande et leurs communications subverties, ni l’armée ni la police ne purent nous empêcher de prendre le pouvoir. Et par la suite, le trésor national nous permis d’acheter des mercenaires. Chaque jour qui passait, les loyalistes voyait le statut quo s’effriter alors que notre idéologie se cristallisait. Les ministres et les héritiers de l’ancien régime se faisaient assassiner les uns après les autres jusqu’à ce, qu’au final, il n’y ai plus personne ni plus rien à défendre. Nous avions pris le pouvoir.

Pendant ce temps, nous avions la contre-propagande. Des messages anti-carnistes étaient diffusés sur toutes les chaînes, incitant la population à la colère contre les institutions et les corporations qui leur avaient menti. Il y eu quelques incidents regrettables où des civils s’en prirent les uns aux autres, et nous réussîmes à réconcilier les parties en présence. Nous avions démontrer la justice et la magnanimité de notre idéologie. Nous avions la loyauté de la population.

Et ensuite, il y eu les purges.

Libérer les animaux se révéla un cauchemar logistique. Il était impensable de forcer les animaux à vivre dans les lieux même où illes avaient été torturés. Il était impensable de déforester la nature pour leur créer des sanctuaires. La seule solution était de déporter les humains pour que les autres animaux puissent vivre sur leurs terrains. Par la force, 5 milliards d’humains furent dépossédés. Presque tous résistèrent. Nous faillîme perdre le pouvoir devant la force de la résistance.

Alors nous n’avions pas le choix – les animaux ne pouvaient pas attendre. Nous ne pouvions pas perdre le pouvoir. Alors nous avons envoyé les drônes. Des centaines de milliers de drones massacrèrent de façon indiscriminée toute personne présente sur un territoire désigné pour l’évacuation. Les maisons furent incendiées, les gens furent criblés de balles, et l’eau potable fut contaminée par le cholérat. Deux milliards de vies humaines furent perdues en l’espace de quelques jour.

Et puis il y eu la terreur.

Les premiers cochons furent assassinés quelques mois après leur arrivée dans les sanctuaires. Égorgés et vidés de leur sang. Décapités, Mutilés. «Bacon» était tatoué sur leurs corps, et des morceaux de leur chair avaient été emportés. Trouver les coupables n’était que d’une importance secondaire – il fallait que l’horreur cesse. Alors nous avons accusé quelques personnes au hasard de déloyauté, et nous les avons pendus pour le crime rétroactif d’avoir un jour consommé de la viande dans leur vie.

Nous ne réussîmes pas à rétablir le calme. Nous ne nous maintenons au pouvoir que par la légitimité de notre cause et la force de nos bras. Nous ne pensons pas voir revenir la paix un jour de nos vivants. C’est pourquoi nous implorons nos héritièr.es de poursuivre notre œuvre, de véganiser le monde par la force, jusqu’à ce qu’un retour en arrière devienne effectivement impossible. Ce n’est pas encore le cas, il y a trop d’animaux à protéger.

Il faut poursuivre la guerre. Il faut gagner. Toutes les atrocités contre les humains sont permises. La victoire finale à tout prix.

Après tout, on pourrait bien exterminer l’humanité, ce sera quand même 500 fois moins de violence que la seule année 2016 en exploitation animale.

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