Le mythe de la laïcité

by Annaelle

Le point de départ d’une proposition de la laïcité civile est double :

– La profession de l’égalité des religions devant l’État.
– La proposition de faire, de la religion, une affaire individuelle et privée.

Je propose d’examiner ce point de départ pour montrer qu’il est implicitement fallacieux, que la laïcité est un état pratiquement inatteignable et que, en conséquence, les accommodements religieux sont inévitables dans un pays qui se veut libre.

Questionnons nous d’abord, sur le concept d’égalité des religions. Que doit-on entendre par égalité des religions ? Clairement, on ne veut pas dire qu’il est factuellement le cas, ni normativement désirable, que chaque religion ait un nombre à peu près égal d’adepte, ou que chaque Culte dispose de capitaux et richesses comparables, ne serait-ce que per fideles. Je ne pense pas que personne de sérieu.se ou de sérieusement considéré.e ne proposerait de lever un impôt religieux pour, par exemple, redistribuer les dons faits aux Églises Chrétiennes pour les transférer aux mosquées musulmanes, ni quoi que ce soit qui y ressemblerait. L’égalité entre les religion, cela semble évident, sans davantage d’insistance, ne se veut pas une égalité matérielle.
Peut-être, alors veut-on dire que l’on reconnaît chaque religion comme également valide, comme détendant la même prétention à la vérité ? Que, dans l’impossibilité de vérifier avec fiabilité les propositions théologiques des différentes religions, que nous devrions nous abstenir d’en juger de la validité ? Encore là, cela semble douteux, puisqu’il s’agit d’une interprétation qui aurait des conséquences absurdes. Nous n’acceptons pas, par exemple, qu’un culte se forme autour d’un projet de suicide collectif, pas plus que nous ne permettrions à un groupe de posséder des esclaves humains au nom de leur religion – il semble, autrement dit, que des critères de droit commun aient préséances sur les droits religieux et les limites. Mais, si c’est le cas – et ce l’est – alors les religions sont implicitement jugées en validité selon leur accord, dans leur pratique, avec le droit commun de la cité.

En fait, la profession de l’égalité des religions ne veut dire rien d’autre qu’une égalité de droit de pratique. Que les individus ont le droit de pratiquer la religion qui leur sied. Cette affirmation est, il faut le souligner, une affirmation distincte de celle qui affirme le caractère privé de la religion. En effet, il est tout à fait concevable de pratiquer une diversité de pratiques religieuses dans l’espace public. Cependant, il est vrai que cette égal accès au droit de pratiquer est compatible avec une conception privée de la pratique de la religion.

Je vais examiner cette dernière question sous peu, mais avant, je veux m’attarder plus longuement sur le droit de pratique. Car il y a au moins deux façons très différentes de comprendre ce qu’est un droit de pratique religieuse : Est-ce que l’on propose un droit au choix de sa religion, et est-ce que ce droit implique une protection contre l’endoctrinement ou, même encore, un droit à l’accès à des influences religieuses de conversion, c’est-à-dire : le droit, pour un enfant, d’avoir accès à des exemples de pratiques religieuses différentes de celles qui ont cours dans sa famille ? C’est une question qui pourrait se poser, mais, en pratique, la vérité est que, dans nos cités, nous laissons aux parents le choix de décider de la religion de leurs enfants, et imposons à ceux-ci un plus lourd fardeau pour s’en départir ou en choisir une autre. Dans la mesure où les enfants n’ont clairement pas la maturité nécessaire de choisir eux-même leur religion, c’est une façon de faire qui comporte des avantages et des inconvénients.
Comprendre ici : pour certains individus, il vaut mieux laisser les parents choisir la religion de leurs enfants, et pour d’autres, il aurait mieux valu empêcher les parents de choisir la religion de leur enfants. Il est intuitif de penser que, pour avoir un réel droit de pratique religieuse, il faut avoir un certain nombre de protection contre l’endoctrinement, en particulier des enfants, mais il n’est pas évident de voir comment cela pourrait être fait en pratique sans causer une ingérence politique indue dans la vie privée des enfants mêmes que l’on voudrait protéger.

Vie privée donc. Parce que la laïcité que l’on propose en occident se présente comme une conception privée de la vie religieuse. Or, ce n’est pas tout à fait exact. Laissez faire le crucifix à l’assemblée nationale du Québec et le «In God we trust» du dollar Américain. Laissez faire la myriades de villes et de localités qui portent des noms de personnages religieux où mythique. Moi, je vous parle de quelque chose de concret, comme les congés civils aux fêtes religieuses chrétiennes et la semaines de sept jours (c’est-à-dire, un jour pour chaque jour que Dieu a passé à créer la Terre, plus un septième pour son jour de repos), et la datation d’après l’année de naissance de Jésus. Je ne propose pas d’abolir Noël ni de changer le nombre de jours par semaines, ou même de changer la date.
Tout ce que je dis ici, c’est que les avocats de la laïcité ne remettent pas en cause cet héritage chrétiens non plus. Ne veulent pas le faire, et la plupart d’entre nous (dont la majorité est chrétienne) ne le veux pas non plus. Je dis aussi, que c’est facile, et malhonnête, de dire «la religion devrait être une affaire privée» pour un gars comme Bernard Drainville, quand il y a une croit de Jésus sur le drapeau de son pays pis que les églises de sa confession sont assises sur des milliards de dollars en patrimoine non taxés.
Ce que je dis, c’est que les avocats de la laïcité, au Québec, ne veulent pas d’une société laïques, il veulent une société “Chrétienne-molle”. C’est-à-dire une société d’inspiration chrétienne dans laquelle on fait de la place aux femmes, où on répudie les prêtres pédophiles et où on essaie de monter une société libre et démocratique.
C’est un beau projet de société, mais il n’a rien de laïque.

Et dans ce contexte, il convient, au nom de la démocratie et de la liberté de religion, de reconnaître le caractère fondamentalement Chrétien (à ne pas confondre avec «Chrétien fondamental») de notre nation, reconnaître que la majorité chrétienne y est privilégiée d’avoir sa religion officiellement et publiquement reconnue par son drapeau, ses toponymes et son calendrier, et que le moins que nous puissions faire est de permettre aux individus de manifester leur divergence, y compris par le port de signes religieux ostentatoire, y compris pour les fonctionnaires de l’État, notamment pour ceux en position d’autorité comme les juges et les polices. Mais peut-être moins, pour ceux qui ont des contacts réguliers avec les enfants.

C’est la piste de réflexion que je propose.

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